mardi 26 août 2008

Acaba de
Théâtre chorégraphique




Arrêt n°1

Lorsqu'on est assis sur le banc d'un quai de gare, et qu'on attend...
La vision de tous ces corps, comme en suspension. Et c'est parce qu'on attend, et que le temps se dilate, qu'il nous est possible de nous raconter toutes sortes d'histoires. Il suffit d'un geste, d'une démarche, d'une impatience lisible pour que l'imaginaire transporte ailleurs les corps "attendus".
Il y a sans doute transposition du voyage.

Et c'est la musique qui transmet aux visages inconnus le possible d'une rencontre passagère.
Le train passe... est passé... passera.
L'attente reprend!
Peut-être le prochain train...?

Pour ce spectacle, nous sommes partis d'improvisations musicales fondées sur le rythme 1/2/3 qui nous semblait être celui du train. L'histoire s'est construite sur les pas des danseurs, au rythme de la musique.

Metteur en scène: Véronique Bevilacqua
Compositeur / Interprète: Patrick Bruneau
Comédiens / Danseurs: Stéphanie Ansquer, Marie Maison, Etienne Maveyraud, Gabrielle Reix

Création: mai 2004

Public: adultes
Représentations: Festival du livres d'Yvrac / Festival du Conte d'Arblade le Bas (32) / Son'Art / Riscles (32) / Libourne / Béziers...




Arrêt n°2

Porteurs de valises, où sont-ils passés, qu'est-ce qu'ils cherchent?
Ils sont tous sur un quai, c'est tout ce qu'on sait.
Ils s'effleurent, se croisent, s'ignorent, se voient, se touchent, se séparent, reviennent de loin. Tout voyage, tout danse,... pour ces porteurs de valises, l'heure est grave ou gravée dans leurs corps au risque de toucher le coeur.
Vous savez, quand on est chef de gare, le petit train-train des gens...

"Acaba de / Arrêt n°1" a été crée en mai 2004. Le spectacle s'intéressait à ce moment particulier que l'on vit tous sur un quai de gare où il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre son train. L'esprit s'évade, se remémore, s'échappe de la réalité, c'est l'ouverture d'un espace intérieur...
Avec "Acaba de / Arrêt n°2", nous avons expérimenté l'importance du passage, cet entre-deux où rien n'est définitif, où tout se joue, dans la circulation de l'éphémère.

Metteur en scène: Véronique Bevilacqua
Musicien / Comédien: Christophe Carrere
Comédiens: Stéphanie Ansquer, Marie Maison, Thierry Schmidlin, Gabrielle Reix

Création: mars 2006
Public: adultes
Représentations: Centre social de Saint Michel (Bordeaux) / Festival Spirales à Histoires d'Arblade le Bas / Imprimerie Boucherie / Casseuil / Festival de Saint Estèphe (24)

La Sorcière de la Rue Mouchoir

Conte gestuel

Nadia est la fille de papa Said, l'épicier de la rue Mouchoir. Bachir est le frère de Nadia, il sait tout car il voit tout. Elle, elle ne le croit pas, il est trop petit, c'est pour ça. Une sorcière au n°13 veut devenir jeune et jolie. Elle a une recette... Bachir ne la laissera pas faire. C'est ainsi que tout petit, il se transforme en héros.

La contrainte de ce spectacle était de partir d'une adaptation du texte de Pierre Gripari et de faire vivre les corps d'une manière simple afin que les enfants s'ouvrent à leur imaginaire.

Metteur en scène: Véronique Bevilacqua
Comédiens: Stéphanie Ansquer, Marie Maison, Etienne Maveyraud, Gabrielle Reix
Création: mars 2003
Public: familial, enfants à partir de 3 ans
Représentations: Festival du Livre d'Yvrac / Festival du Conte à Arblade le Bas (32) / Son'Art / Riscles (32) / Libourne / Ecole maternelle La Paix (Bordeaux) / Ecole maternelle des Chartrons (Bordeaux) / Centre culturel de Coutras
En principes les Âmes

Théâtre chorégraphique

Un texte de la musique, trois voix, trois corps... marcher dans les pas de l'autre

"Tout cet amour n'est qu'au présent, premier instant d'amour où le futur à venir n'arrive jamais. Extraordinaire. Demain n'arrive jamais"
Texte: Anny Leemann
Mise en scène: Véronique Bevilacqua
Comédiens/Danseurs: Véronique Bevilacqua, Gilles Estran, Gabrielle Reix
Musique: Les Bas d'Anselm

Création: février 2007
Public: adultes
Représentation: Festival "Allons au Texte", Téâtre Fémina (Bordeaux)
Cap

Théâtre contemporain

Texte, musique et danse de "Cap au Pire" de Samuel Beckett.

"D'abord le corps. Non, d'abord le lieu. Non, d'abord les deux.
Tantôt l'un ou l'autre. Tantôt l'autre ou l'un.
Dégoûté de l'un essayer l'autre. Dégoûté de l'autre, retour au dégoût de l'un."

Ce spectacle joue avec trois univers différents qui ne se chevauchent pas, ni ne s'illustrent, mais au contraire proposent des points de rencontres au spectateur afin qu'il glisse d'un univers à l'autre et assiste ainsi à la co-naissance du spectacle.

Metteur en scène / Récitant: Daniel Belloteau
Chorégraphe / Danseuse: Véronique Bevilacqua
Compositeur / Interprète: Patrick Bruneau

Création: janvier 2003
Public: adultes
Représentations: Garage moderne / Grand Manitou / Son'Art

jeudi 21 août 2008


Coucou, t'es où ?
Théâtre gestuel & musical
Un conte... celui de deux lutines qui se réveillent dans la forêt au début de la nuit lorsque les enfants, eux, se couchent et s'endorment. la princesse de la forêt sort alors de son sommeil, calme les peurs de la nuit, mange tout cru les cauchemars qui laissent la place la place aux rêves. Saperli et Popette tracent leur chemin dans l'obscurité de la forêt, s'étonnent de tout, de rien. Elles se chamaillent, se cachent, construisent des cabanes. Elles expriment leurs joies, leurs étonnements, leur innocence, leurs contrariétés et leurs différences.
Enchantés, intrigués, amusés, les enfants se laissent emporter avec légèreté dans l'univers concret des lutines à celui de la poèsie et de l'imaginaire, ils les suivent dans leurs parcours de jeux et de vie.
Création: novembre 2005 (commande de la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux)
Metteur en scène: Co-production Véronique Bevilacqua, Cie Me de Luna / Laura Truant, Cie L'Arbre du Soleil
Comédiens: Véronique Bevilacqua & Laura Truant
Public: familial, enfants jusqu'à 6 ans
Représentations: Bibliothèques, centres culturels, écoles maternelles, relais assistantes maternelles et crèches de Bordeaux, C.U.B, Dordogne, Landes

mardi 4 mars 2008

Alabama Song, Gilles LEROY

Plus que jamais dans notre société, il importe à chacun de savoir attiser la curiosité pour entrer dans la lumière et devenir une "personne trés importante". Et en cela, le divertissement télévisuel et médiatique contemporain nous démontre chaque jour qu'il n'est point besoin d'identité particulière, mais bien plutôt de culot et de frasques, avec la vulgarité gratuite et le manque d'authenticité que cela implique, pour entrer dans cet étrange panthéon. Dans Alabama Song, il est bien question d'un personnage marginal, mais du genre de celui pour qui être différent et provocateur apparaît comme vital, une nécessité de s'affranchir des codes de conduite afin d'accéder à une liberté non pas tant sociale qu'intime.
Le drame de Zelda Sayre sera de n'avoir pu concilier cette propension avec une vie de femme rangée à son époux, célèbre d'autant plus puisqu'il s'agit de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald. Ce roman pourrait alors être la chronique de ce couple célèbre et glamour, de la rencontre à la mort, mais Gilles Leroy oriente son récit vers une autre voie, celle d'écrire l'histoire de Zelda exclusivement du point de vue de celle-ci, mais au détriment de l'image de son époux.
Et déjà, nous entendons déjà les cris de protestations, amplifiées par l'effet Goncourt: c'est un véritable scandale de présenter Francis Scott Fitzgerald, ce génie du roman, l'un des plus grand écrivain américain, si ce n'est au monde, tel un homme imbu de sa personne, gravement alcoolique, dépravé, inverti refoulé, violent et mysogine, etc, etc! Qu'importe! Il est nécessaire pour accepter ce livre, d'accepter le parti-pris de l'auteur qui, rappelons-le, reste libre par définition de jouer avec la réalité jusqu'à la déformer, tant que sous le titre soit clairement inscrit le terme "roman"!
Car ne nous méprenons pas: il s'agit ici non pas d'une biographie mais bien d'un roman. Cette caractéristique confère toute sa qualité à l'ouvrage: Alabama Song est une oeuvre de pure fiction, une auto-biographie imaginaire qui trouve son origine dans le réel.
"Emma, c'est moi!", affirmait Flaubert à propos de Madame Bovary. Gilles Leroy suit à la lettre l'adage de son aîné pour engendrer sa Zelda, qui, par ailleurs, s'avère bien être une cousine éloignée d'Emma.
Cependant le bovarysme au xxème siècle ne revêt pas les mêmes aspects. Si Zelda Sayre se présente comme une femme éprise de liberté, cette liberté-là est protéïforme, absolue et ne souffre aucun barrage: liberté sensuelle lui permettant de jouir des charmes de son corps, sans qu'aucun lien, pas même celui de la maternité, ne puisse l'entraver; liberté de création encore, la faisant l'égale de l'homme, pourtant maître en ce domaine; liberté de parole enfin, n'autorisant aucune censure, aucun baillon pas même narcotique. La petite fille d'Alabama est entité représentative de cet état: le soleil qui tanne la peau coule dans ses veines, son souffle est celui de futures tornades, destructrices et inévitables. Zelda est une féministe mais sans autre cause que la sienne, une poupée démoniaque dans les mains d'un homme autant haï qu'aimé, Fitzgerald, qui la fera interner, sans pour autant la faire taire.
Et pourtant... Le style sublime et la subtile structure de l'oeuvre laissent grandir le doute de page en page: Zelda ne serait-elle qu'une dérangée mentale, une mystificatrice qui se lasse elle-même d'apporter la crédibilité nécessaire à son témoignage? Si au départ ses souvenirs sont clairement datés, les évocations adviennent peu à peu de manière anarchique où le temps se brouille, où passé, présent, futur ne sont que les reflets d'une vie ratée.
La Zelda d'Alabama Song se plaît à démontrer qu'elle est la véritable auteure des oeuvres de son mari, celui-ci n'hésitant pas à la spolier de ses écrits intimes pour palier à une création branlante. Qu'il soit ou non dans le vrai, Gilles Leroy répare finalement cette éventuelle injustice et écrit le roman que, Zelda a, peut-être, rêvé d'écrire.

Alabama Song, Gilles LEROY, Mercure de France, 2007, Goncourt 2007

lundi 18 février 2008

Y tu Mama tambien (Et... ta Mère aussi!), d'Alfonso CUARON

Voici un film qui nous propose le portrait de deux adolescents, Julio (Gaël Garcia Bernal) et Tenoch (Diego Luna). A 17 ans, c'est bien connu (!) les garçons ne se préoccupent que de peu de choses: le sexe, la fête, les filles, les concours de pets, la fumette et, bien sûr, la branlette (sans parler de la tarte aux pommes)!!!
Bref, de prime abord donc, voici un énième teen movie aux accents potaches, dont le public concerné est le sujet lui-même, et qui fera grincer des dents les autres.
Et pourtant...

Dès la première séquence, nous pressentons que cela n'est pas si évident. La caméra passe une porte pour se fixer sur l'objet de son étude: un couple d'ados en plein ébats, se promettant fidélité à jamais, (où il est notamment question du père du garçon, futur amant potentiel de son amie!). Tandis qu'un travelling arrière les abandonne à leurs étreintes, le son "in" disparaît pour laisser la place à une voix monocorde, celle d'un narrateur qui va préciser les situations au fur et à mesure du film. Le ton est donné: nous parlions d'objet d'étude et nous sommes bien ici devant une oeuvre qui va chercher à comprendre, de manière extrêmement neutre, le monde et les énigmes de l'adolescence, à l'image de cette caméra qui entre dans la chambre, sans bruit, sans vouloir ni déranger, ni, surtout, espionner.
Mais Y tu Mama tambien n'est pas un documentaire et nous voilà entraînés dans les tribulations de ces deux "potes-à-la-vie-à-la-mort". Leurs copines respectives sont parties en voyage en Europe, et Julio et Tenoch s'ennuient. Entre deux pétards, ils rêvent à leur futur vie d'hommes, aux seins de la prof de math... Apparaît alors Luisa (Maribel Verdu), séduisante cousine de Tenoch, jeune femme qui pourrait bien se laisser emporter par les déboires d'une vie d'adulte. Les deux garçons lui proposent de l'emmener avec eux à "La Boca del Cielo", cette plage de paradis, aussi désirée qu'imaginaire, accès ultime à la liberté, loin de ces piscines à l'eau trop bleue dans lesquelles ils se sentent à l'étroit.
C'est à partir de cet instant que le film s'engage dans une veine picaresque, propre au road movie, où une adulte qui aimerait bien retrouver l'innocence est emportée par la fougue de deux jeunes gens qui eux, aimeraient tant sortir de l'adolescence, tous poursuivant un même but: Vivre, enfin!
Sans fausse pudeur, Cuaron filme cet état transitoire et n'hésite pas à appuyer là où cela pourrait être douloureux: les trahisons et jalousies font surface, les piscines se couvrent de feuilles mortes.
S'il est certainement vain de vouloir rattraper le temps, il l'est peut-être tout autant de vouloir l'accélérer... (Cette question de la malléabilité du temps sera par ailleurs la dynamique principale d'un autre film réalisé par Cuaron, Harry Potter & le prisonnier d'Azkaban, épisode charnière de la série et, d'une certaine manière, autre chronique du caractère transitoire de l'adolescence.)

Et de s'apercevoir qu'aucune carte ne permet de lire une route qui n'existe pas encore...
Lorsqu'ils atteignent enfin un ersatz de leur destination, les langues et les corps se délient, pour mieux exprimer l'indicible qui n'en est pas pour autant véridique, mais qu'importe...!
Les porcs ont envahi la Baie du Ciel. Le retour approche. Luisa leur dit au revoir:

"La vie est comme l'écume, alors offrez-vous comme la mer"

Le spectateur quittera son siège mélancolique. A cet instant, quelque soit son âge, il a un peu 17 ans.

Y tu Mama tambien (Et... même ta Mère!), film d'alfonso CUARON, Mexique, 2001

jeudi 14 février 2008

Là où vont nos Pères, Shaun TAN

Une cuisine, au petit matin. On imagine le silence, bercé du tic-tac d'une horloge, du remous de l'eau en ébullition. Ces matins de départ, particuliers car voués à l'inconnu, au changement.
Un homme fait sa valise, sort dans le froid accompagné de sa femme et de sa petite fille. Au bord du quai, c'est l'embarquement vers un ailleurs, et des pleurs... L'ultime espoir pour survivre au-delà d'une cité lentement rongée par des ombres tentaculaires.

Shaun Tan nous propose de suivre cet homme dans la découverte d'un nouveau monde, forcément meilleur, où le travail permettra au père et époux de sauver sa famille.
Là où vont nos Pères est bien le récit onirique d'un immigré, d'un réfugié,... et c'est de manière idéale que l'auteur traite cette question universelle, si épineuse de nos jours.
Le nouveau monde dans lequel débarque notre homme pourrait être une métaphore des Etats-Unis au début du XXème siècle. Mais loin d'être réaliste, cette Amérique-là nous plongerait plutôt de l'autre côté du miroir, un Pays des Merveilles dont chaque élément (écriture, langage, architecture, faune et flore,...) est aussi intrigant que déroutant. Au cours des différentes phases de son intégration, le héros aura toutefois l'occasion de rencontrer d'autres exilés au parcours similaire: notons cet homme ayant fuit des géants que n'aurait pas renié Wells, ou encore ce vieillard rescapé d'une étrange guerre de tranchées,...
Tout dans ce monde est à apprivoiser, afin que tout le mal du passé puisse être exorcisé.
Ce qui frappe dès qu'on ouvre le volume, c'est que cette oeuvre est entièrement muette: comment mieux illustrer le désarroi face à une langue inconnue? Cette particularité, ainsi que l'omniprésence du sépia, revêt toute sa valeur dans le traitement narratif. L'auteur alterne ainsi des séries de cases réduites et de somptueuses illustrations pleine-page qui créent un dynamisme en parfaite adéquation avec les périgrinations du personnage. Ces caractéristiques, associées à de subtils effets de zoom, procure au lecteur l'intense impression d'être le spectateur d'un film muet des années 1920, tantôt réaliste, tantôt fantastique (faisant notamment référence à des oeuvres aussi diverses que Les Temps modernes de Chaplin, Métropolis de F. Lang, voire Le Cabinet du Docteur Caligari de R. Wiene).
Et que penser de cette galerie de portraits qui s'affiche sur les pages de garde? Une soixantaine de visages, de tous âges, toutes couleurs, toutes nationalités,... qui soulignent, s'il le fallait, que l'épopée de notre héros n'est pas singulière mais est bien celle de milliers d'individus de par le monde. Cependant, à voir certaines expressions de fatigue, de tristesse ou de colère, l'odyssée n'est évidemment pas toujours bienheureuse!!!
Là où vont nos Pères nous présente un monde parfait, se nourrissant de mixité et de fraternité, où chacun apprend à comprendre et à aimer l'autre, où les paysages, mêmes industriels, sont merveilleux.
Une oeuvre aussi belle qu'un rêve!...

Là où vont nos Pères, Shaun Tan, Dargaud "Long Courrier", 2007
Prix du meilleur album, Festival international de la BD d'Angoulême 2008